Un plan national pour réduire les déserts médicaux prend forme

En commune rurale, obtenir un rendez-vous avec un médecin traitant peut prendre plusieurs semaines. On décroche son téléphone, on tombe sur un répondeur, on finit aux urgences pour une angine. C’est ce quotidien que le plan national contre les déserts médicaux tente de corriger, avec des mesures qui touchent autant l’organisation des cabinets que la répartition des professionnels de santé sur le territoire.

Accessibilité aux soins en 2024 : ce que les derniers chiffres révèlent

Les valeurs actualisées de l’indicateur d’accessibilité potentielle localisée (APL) pour 2024, publiées par la Drees, dressent un constat net : l’accessibilité aux médecins généralistes et aux infirmiers a légèrement baissé, alors qu’elle progresse pour les kinésithérapeutes, les sages-femmes et les chirurgiens-dentistes.

L’écart entre territoires se creuse. Selon une analyse publiée en juillet 2026, les 10 % de Français les moins bien dotés en médecins généralistes ont un accès potentiel quatre fois moindre que les 10 % les mieux dotés. Cet écart s’est encore agrandi entre 2023 et 2024, malgré les plans nationaux successifs.

On parle de 6,4 millions de personnes sans médecin traitant. Ce n’est pas un chiffre abstrait : ce sont des patients qui reportent des consultations, des pathologies chroniques mal suivies, des passages aux urgences qui auraient pu être évités.

Patient âgé attendant seul dans une salle d'attente d'un centre de santé en zone rurale, symbole de l'accès difficile aux soins médicaux

Zones sous-dotées : les installations augmentent, mais le compte n’y est pas

Des données de l’Assurance maladie reprises en août 2026 montrent que 891 médecins généralistes se sont installés en zone sous-dotée en 2025, contre 614 en 2024. La hausse atteint environ 45 %. Sur le papier, c’est encourageant.

En proportion, ces installations ne représentent qu’environ 30 % des nouvelles installations totales. Le reste se concentre dans des zones déjà correctement pourvues. On gagne du terrain, mais lentement, et la demande de soins augmente plus vite que l’offre dans les territoires les plus fragiles.

Ce qui freine concrètement l’installation

Les incitations financières existent depuis des années (aides à l’installation, exonérations fiscales). Elles ne suffisent pas à convaincre un médecin de s’installer dans un territoire isolé si les conditions d’exercice restent difficiles : secrétariat absent, plateau technique éloigné, gardes solitaires.

  • Le manque de structures d’exercice coordonné (maisons de santé pluriprofessionnelles, centres de santé) reste un frein majeur dans les petites communes.
  • L’isolement professionnel pèse sur les jeunes médecins habitués à travailler en équipe pendant leur internat.
  • Les démarches administratives liées à l’installation consomment un temps que beaucoup préféreraient consacrer aux patients.

Les quatre axes du pacte gouvernemental contre les déserts médicaux

Le pacte présenté en avril 2025 par le ministre de la Santé repose sur quatre piliers. On les résume ici avec ce qu’ils changent concrètement sur le terrain.

Solidarité territoriale entre médecins

L’idée est d’organiser des consultations avancées : un médecin installé en zone bien dotée consacre quelques jours par mois à une zone en tension. Ce n’est pas du bénévolat, c’est un mécanisme encadré avec compensation. Les retours varient sur ce point, certains praticiens y voyant une contrainte supplémentaire, d’autres une manière de diversifier leur exercice.

Simplification administrative

Libérer du temps médical passe par la réduction de la paperasse. Le recours aux assistants médicaux, qui prennent en charge une partie des tâches non cliniques, permet à un généraliste de voir davantage de patients sans allonger ses journées. Le pacte prévoit d’accélérer leur déploiement.

Valorisation de tous les professionnels de santé

Pharmaciens, infirmiers en pratique avancée, sages-femmes : élargir les compétences des professionnels paramédicaux permet de répondre à des demandes de soins courants sans passer systématiquement par un médecin. Les pharmaciens peuvent déjà renouveler certaines ordonnances ou réaliser des vaccinations.

Attractivité des zones en tension

Ce pilier regroupe les aides financières, mais aussi des mesures d’accueil : logement, emploi du conjoint, accès aux écoles. Un médecin qui hésite entre deux territoires ne regarde pas uniquement le montant de la prime. Il regarde si sa famille pourra s’y installer durablement.

Responsable politique présentant une carte des déserts médicaux français lors d'une réunion gouvernementale sur le plan national de santé

Médecins retraités et régulation de l’activité secondaire : deux leviers concrets

Le pacte mobilise aussi les médecins retraités volontaires, sous un régime simplifié qui leur permet de reprendre une activité partielle sans complexité administrative excessive. Dans certaines communes rurales, c’est la seule solution à court terme pour maintenir une offre de consultation.

Autre mesure moins médiatisée : l’encadrement des activités de médecine secondaire. Un médecin qui consacre une part importante de son temps à des activités non cliniques (expertise, enseignement, médecine esthétique) réduit mécaniquement l’offre de soins de premier recours. Le cadre réglementaire évolue pour limiter ce déséquilibre.

  • Les médecins retraités volontaires bénéficient d’un régime administratif allégé pour reprendre une activité en zone sous-dotée.
  • L’activité secondaire non clinique fait l’objet d’un encadrement renforcé pour préserver le temps médical disponible.
  • Les CPTS (communautés professionnelles territoriales de santé) coordonnent ces dispositifs à l’échelle locale.

Le plan national existe, les chiffres d’installation en zone sous-dotée progressent, et les outils réglementaires se multiplient. L’écart d’accès aux soins entre territoires continue malgré tout de se creuser. La prochaine mesure de l’APL, attendue pour les données 2025, dira si la tendance commence réellement à s’inverser.

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